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Extrait du corrigé : Ce serait un bonheur dont on sait nous-mêmes qu'il ne nous est pas dû : le bonheur qui se mérite serait le vrai bonheur qui nous serait dû (voir la Lettre que Descartes a écrite à la princesse Élisabeth datée du 6 octobre 1645) ? La question finalement est de savoir qui peut décider si l'on mérite ou non d'être heureux. Comment évaluerait-on le mérite ? Le bonheur n'aurait pas de valeur intrinsèque pour lui-même ou absolue mais une valeur relative à une action, à un faire, à une attitude. La question du mérite serait alors liée à la question de la valeur. Définition des termes du sujet Le bonheur est généralement compris comme un état de satisfaction durable, qui pourrait d'ailleurs être considéré comme le but de toute vie humaine. Dire qu'une chose « se mérite », c'est dire plusieurs choses : que cette chose a une grande valeur, que son acquisition ne peut se faire qu'au prix de certains efforts, qu'elle est donc en quelque sorte la récompense ultime d'un dur travail fourni. Ce qui n'a pas à se mériter, c'est ce qui nous est dû quoi qu'il arrive, quoi que nous fassions : pouvons-nous nous considérer que nous avons le droit de prétendre au bonheur quoi que nous fassions ? Ou bien faut-il préférer une perspective impliquant une responsabilité de l'homme devant son bonheur, si bien que le bonheur apparaîtrait comme la récompense d'un travail sur soi ? Ces questions mettent en jeu la définition du bonheur : est-il un ensemble de conditions extérieures qui ne nous concernent que par chance ou par malchance, qui nous arrivent par accident et sur lesquelles nous n'avons aucune prise ?
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Le bonheur peut être défini avec Albert Camus comme « l’accord d’un homme avec la vie qu’il mène ». Arrêtons-nous un instant sur l’extrême pertinence de cette définition : en effet, elle est compatible avec la pluralité des définitions subjectives que chaque homme peut donner à la félicité. Le bonheur d’un homme n’est pas celui d’un autre, le seul lien entre leurs bonheurs respectifs est que ni l’un ni l’autre ne serait disposé à échanger le sien contre celui d’autrui. Ainsi, pour reprendre et développer la définition du bonheur par Albert Camus, nous pouvons dire que le bonheur est l’état d’un homme en accord avec la vie qu’il mène, c'est-à-dire le sentiment que sa vie correspond à ses valeurs et aux attentes purement subjectives qui sont les siennes par rapport à l’existence.
« Mériter » quelque chose signifie y avoir droit à juste titre, c'est-à-dire être digne de louanges ou d’un châtiment en fonction de nos actes.
En demandant si le bonheur se mérite, nous cherchons à déterminer s’il est la récompense de nos actes vertueux, s’il est dispensé aux hommes en fonction de leurs actes et proportionnellement à la bonté et à la vertu dont ils font preuve dans leur vie. Il semble que le bonheur est totalement indépendant d’une semblable dimension morale : s’il est l’accord d’un homme avec la vie qu’il mène, un être mauvais pourra être heureux sans mériter le bonheur d’un point de vue morale. Cependant, cette position pourra sans doute être nuancée au cours de notre travail, car il n’est pas certain qu’un homme puisse se satisfaire d’une vie sans vertu, être heureux en faisant le mal. Nous nous demanderons donc si le bonheur ne se mérite pas, s’il ne faut pas faire preuve de qualités morales pour l’obtenir.
La question au centre de notre réflexion sera donc de déterminer si le bonheur est un accord subjectif de l’individu avec la vie qu’il mène indépendant de toute considération morale.
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